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December 04
Dès aujourd'hui, une nouvelle adresse:
Amies, amis, amibes,
Nous avons le plaisir de vous annoncer que la Vie palpitante... déménage.
Rassurez-vous, vous n'aurez rien à porter, ni armoire normande ni machine à laver, ni ancre de marine.
De même, je me suis déjà occuppé de refaire les peintures et les papiers peints.
Non, vraiment, vous n'avez qu'à enfiler vos chaussons et vous approprier notre nouvelle demeure.
L'adresse est la suivante:
Venez nombreux, et invitez vos amis!
November 29
Reuters
Incroyable mais vrai, La vie palpitante d'antoine p. vient de remporter le prestigieux Grand Prix de la Mise à Jour la Plus Aléatoire, remis de temps en temps par le jury du festival Pas Très Net.
Visiblement très ému, l'auteur a tenu à remercier "mon chien Dague, auquel je pense encore très souvent et qui reste le meilleur souvenir de mon enfance, et mes grands-parents qui n'ont toujours pas compris ce qu'était internet".
En plus de la notoriété internationale que confère ce prix, l'auteur se verra remettre un billet d'avion aller et retour pour Paris, ainsi qu'un bon d'achat de dix euros dans les boutiques Scholl de la capitale.
November 22
Il est bien connu que chaque jour est un adieu, ainsi que nous le rappelle sans faute les journaux quotidiens et leurs éloges funèbres prêts à réchauffer en cas de décès soudain.
Le mort du jour est donc le réalisateur Robert Altman, ce qui est assez regrettable si l'on repense que certains de ses bons films furent parmi les meilleurs de leur temps, comme Short cuts, Kansas city, The player, voire M.A.S.H. en tirant un peu sur la corde.
Les fauteuils hantés
Un peu moins fraîche puisqu'elle date d'une semaine, mais un peu moins regrettable aussi, la mort de Bertrand Poirot-Delpech. Non pas que j'ai une dent contre lui, comment en vouloir à un homme qui a obtenu en 1958 le prix Interallié pour un livre intitulé Le grand Dadais? Non, ce qui pourrait éventuellement m'inquiéter, ce serait de savoir si un autre "immortel" le remplacera au siège numéro 39, ou si la place sera laissé vacante. Rappelons qu'il y a déjà à l'heure actuelle deux places libres que je proposais justement de vendre sur Ebay, et que, au train où vont les choses, on est vraiment pas près de voir la fin du fameux dictionnaire.
Subtile transition
Me mettant au diapason du rythme académique, je propose maintenant d'augmenter de quelques mots une liste entamée au mois de juillet, celle des "mots-français-utilisés-tels-quels-en-anglais-pour-faire-chic".
Qu'il nous soit donc permis d'ajouter:
- dénouement
- en rigueur
- laissez-faire
- rapprochement
- R.S.V.P.
- tour de force
Apprenez bien ces mots par coeur, et bientôt vous serez bilingues!
November 07
Que ce soit bien clair, je HAIS les services d'Immigration Canada, cette bande d'incapables pas foutus de donner deux fois de suite la même réponse. Un jour c'est oui, un jour c'est non.
Ça ne changera pas rien mais ça fait du bien de le dire: bande de nuls!
November 04
Oui, rions-en un peu, cela lui donnera au moins un peu de sens.
Àprès tout, l'institution n'est pas si inutile, c'est grâce à elle que l'histoire retiendra l'oeuvre littéraire de Valéry Giscard d'Estaing, même si Robert Laffont n'a pas jugé indispensable de réimprimer Le Passage, son chef d'oeuvre oublié, au moment de l'intronisation du grand homme.
C'est aussi grâce à elle que nous savons que René de Obaldia n'est pas mort.
Blague à part, le grand oeuvre de l'Académie reste bien entendu la neuvième mise à jour de son dictionnaire, dont on convient aisément qu'il était bien vu de la confier à des immortels si l'on considère que vingt ans après avoir entamé cet immense chantier, ces chers bicorneaux ont péniblement atteint la lettre "m".
Je suis mauvaise langue, je le sais, je le sens. Afin de prouver ma gratitude à l'égard de ces hommes et de ces femmes qui consacrent leur vieillesse à préserver notre langue, je tiens à les remercier publiquement d'avoir eu le courage de retirer enfin certains mots dont le mauvais emploi aurait eu des conséquences fâcheuses. Désormais, il serait donc vain de parler encore d'antanaclase, de chancissure et chapechute, de crapoussins et de friponneaux, ni même d'ichoreu larmoyeur, plus personne ne vous comprendrait.
Par ailleurs, dans un souci de modernité qui l'honore, l'Académie a également tenu à intégrer de nombreux mots nouveaux. C'est ainsi que dans la catégorie "termes vulgaires ou triviaux", nous découvrons connerie, dégueulasse et emmerdeur. Les plus audacieux apprécieront la nouveauté de camé, cave, dope et joint dans la section de langage argotique.
Gageons que ce petit vent de folie permettra bientôt à nos concitoyens de se comprendre mieux.
Enfin, précisons que sur les quarante sièges de l'Académie, deux sont actuellement disponibles, et que je pensais les mettre en vente prochainement sur Ebay; après tout, les plus offrants auront peut-être un peu de piquant à apporter, et ce surcroit de main-d'oeuvre pourrait permettre d'atteindre la lettre "z" avant que Nicolas Sarkosy ne nettoie la coupole au "karcher" pour en faire un commissariat.
October 31
Assez rit, cela suffit.
Il y a peu, une fièvre passagère me faisait avouer le plaisir que j'éprouve, parfois, à écouter du Joe Dassin. Vous en riez encore, c'est votre droit, n'en abusez pas. Je n'ose imaginer votre réaction si par hasard vous aviez appris que ce plaisir est encore bien plus intense lorsque j'écoute pour la millième fois les chansons mélancoliques de Nino Ferrer (La Rua Madeira, par exemple).
Le fait est que j'avais commencé à parler d'un livre avant d'être une fois de plus interrompu par moi-même. Du coup je n'ai rien dit qui puisse un tant soit peu vous pousser à acheter et à lire ce Sang des cerises. Or, une fois n'est pas coutume, le texte de quatrième de couverture parle très bien du livre qu'il présente; c'est donc sans scrupule que je le recopie maintenant.
"16 mai 1871. La Commune de Paris n'a plus que quelques jours à vivre, mais elle ne le sait pas encore. Dans la ville assiégée et fièvreuse, on continue à faire table rase du passé en abattant la colonne Vendôme. Arthur Balantin a trente ans, il vit dans une cave remplie de costumes de théâtre et la guerre n'est pas son affaire. La Commune, pour lui, c'est la fête dans les rues et sa rencontre avec la jolie Louison, infirmière et prostituée; ils vont s'aimer comme on aime quand les jours sont comptés et les heures éternelles. C'est aussi le petit Momo, dix ans, chiffonier et chanteur des rues, le Gavroche de toutes les villes et de toutes les révolutions.
Mais le "Temps des cerises" dure le temps d'un baiser. Les troupes versaillaises rentrent dans Paris bombardé, massacrent les insurgés; c'est la Semaine sanglante, la Seine va couler rouge. Arthur se retrouve un fusil à la main, communard malgré lui. Louison meurt sur une barricade, et la liberté avec elle. Momo chantera-t-il encore ses airs de merle moqueur?
Pudique et émerveillé, vif et tremblant, le roman d'Anne Marbrun nous restitue la Commune dans toute la pureté de sa légende et l'ardeur de sa réalité. Ce livre sent la poudre et le vin blanc, les tonnelles et l'orage, le printemps et la mort. Il est beau comme tout ce que nous avons perdu et qui reviendra."
Et voilà.
October 28
Pas de photos, non, il pleut trop, le vent est dégueulasse, la lumière aussi.
Encore une fois je me suis fait avoir avec la légende de l'été indien. Belle connerie oui, on ne le voit jamais venir, les uns disent qu'il est passé quand les autres l'attendent encore.
Mais bientôt ce sera pire, me direz-vous, il y aura de la neige partout. Mais la neige c'est différent, ça mouille pas pareil. Je sais que vous êtes des milliers à écrire chaque jour pour protester contre cette absence de mises à jour. Et pourtant, il va falloir faire avec. Ça reviendra, mais je préfère attendre un peu plutôt que de servir du réchauffé.
Et puis il y a la grippe, très à la mode ces temps-ci, très convaincante aussi. En bon "fashion victim", je ne pouvais pas la laisser passer. Voilà comment on se retrouve à écouter du Joe Dassin l'après-midi en buvant une huitième tasse de thé, assis près du chauffage. On regarde par la fenêtre et on se dit, tiens, v'là la pluie qui hésite à neiger. Alors on s'enfonce un peu plus dans le fauteuil, prêt à se rendormir avec un livre ouvert sur les genoux, en pensant que le seul été indien qui tienne la route, c'est celui de Joe.
Donc, pas de photos. Mais des livres, oui!
Par exemple, vous qui frémissiez d'impatience, le voici tout frais disposé sur les étals de votre librairie préférée, le nouveau livre d'Anne Marbrun. Le Sang des cerises, c'est le titre, est un vrai bon roman, avec une histoire belle et triste dans l'Histoire, celle de la Semaine sanglante qui mit fin à la Commune de Paris, et plein de jolis mots bien choisis.
Pour ceux qui y seraient, Anne Marbrun sera elle aussi à la Foire du livre de Brive le week-end prochain.
J'aurais bien parlé des thés indiens, mais on me tomberait dessus aussitôt ici, arguant que l'on ne parle pas d'Indiens mais de Premières nations, ou, à la rigueur, d'Amérindiens. C'est à ce genre de détails que les Québécois repèrent les Français dans la conversation.
Bon, assez de blabla, il est quatre heures de l'après-midi, je retourne me coucher. Tu viens Joe?
Anne Marbrun
Le Sang des cerises, éditions Lucien Souny, 2006, 17 euros. |  |
September 10
- J'ai trouvé! Si un jour je deviens DJ, mon nom de scène ce sera DJ Ridou, se dit-il en rangeant sa collection de vinyls d'Aznavour.
(Je le sais que c'est particulièrement nul, j'en ai au moins conscience) September 01
Puisque ça y est, les chiens sont lâchés, grosse artillerie et balles perdues, il va bien falloir en lire quelques uns de tous ces livres, après tout je suis censé être libraire.
Ceci dit, je ne lirai sûrement pas le nouveau livre-miroir de Christine Angot, sa nouvelle interview merdeuse dans Libération me suffira (voir le lien ci-dessous), spécialement les conneries qu'elle peut dire sur l'Allemagne d'aujourd'hui à propos de "l'affaire" Günter Grass. Par ricochets, je ne comprend pas que des journaux comme Libé et les Inrocks continuent de se mettre à genoux systématiquement et alternativement devant Angot et Houellebecq. Parce que les deux savent écrire une phrase qui tienne la route? Heureusement, il ne manquerait plus que ça! Mais pourquoi toutes ces poses, ces pseudos provocations qui n'en sont pas, comment ne pas se lasser de cet éternel parisianisme péteux.
Par contre, en attendant de trouver quelque chose de bien à lire dans cette rentrée, je viens de dévorer un grand cru de 1982, C'est toujours les autres qui meurent, de Jean-François Vilar. Une perle, un bijou. Le type même du polar intelligent, politico-intello mais pas trop, parisien sans les défauts, avec ce qu'il faut d'humour sans tomber dans le parodique ni le cynique. Le livre imagine une bande d'allumés vouant un culte sans limite à Marcel Duchamp, dans le Paris de Halles et de Beaubourg qui sentent encore la peinture fraîche, et renvoi aussi à la grande vague socialiste de 1981, ce qui rendrait presque nostalgique en ces temps pré-électoraux bien moroses.
Quand je pense qu'il m'a fallu tout ce temps pour dévouvrir cet auteur, j'en rougirais de honte, mais quel bonheur de savoir qu'il me reste tous ses autres livres à découvrir.
Jean-François Vilar
C'est toujours les autres qui meurent, Paris, Fayard, 1982. Disponible aujourd'hui en "Babel noir".
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